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Des arbres aux Kerguelen ?
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Toute personne qui parcourt les Iles Kerguelen sera frappée, d’une part par la pauvreté en nombre d’espèces de plantes supérieures natives et, d’autre part, par l’absence d’arbres. Pour ce qui concerne le second point, il est admis qu’il n’y a aucun arbre aux Kerguelen et aucun recensement actuel n’en fait mention.
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Cependant un doute subsiste. Dans son mémoire sur la flore et la végétation des Iles Kerguelen en 1958, le botaniste André Chastain note un fait qui l’intrigue lui-même : le naturaliste havrais Etienne Peau fait état de l’observation en février 1924 sur l’Ile Howe de la cupressacée Thuya tetragona (= Libocedrus tetragona) ou Alerse du Chili. Dans un article de La Nature de 1934, il décrit sa découverte : "Malgré sa taille modeste (70 cm), qui dépasse de beaucoup le Chou, le Thuya présente des tiges aux feuilles imbriquées, dressées tels des cierges au milieu des rochers. Ce Thuya qui, par son port, rappelle assez l’Araucaria imbricata Grt., de la Patagonie, est à signaler pour sa rareté dans l’archipel. Nous ne l’avons trouvé qu’à l’île Howe et encore nous n’en avons vu que deux touffes seulement, composées chacune d’une trentaine de tiges." Gandoger (Flore des Kerguelen, Bull. de la Soc. Botan. de France, 1925), a examiné ces échantillons et confirmé leur parenté avec Araucaria imbricata.
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L’Ile Howe, dont la plus grande partie de la superficie est occupée par des tourbières, est située au nord des Kerguelen, dans le prolongement de l’Ile Foch (voir carte). Elle fut visitée en 1874 par le botaniste Moseley de l'expédition du Challenger, par Bossière en 1911, Rallier du Baty en 1914 et le géologue Aubert de la Rüe. Aucun de ces voyageurs n’a vu ce conifère, dont la présence insolite n’eût pas manqué de retenir leur attention. Etienne Peau, malheureusement, n’a pas pris soin de préciser l’emplacement de cette unique station et personne ne sait, d’autre part, ce que sont devenus ses échantillons. De plus, cette espèce n’est connue dans le monde que dans le domaine magellanique du sud du Chili, très éloigné des Iles Kerguelen.
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Que faut-il penser de tout cela ? Tout d’abord, ce n’est pas parce qu’une espèce est rare et non trouvée ou retrouvée qu’elle n’existe pas. Pour preuve, la découverte, seulement en 1979, et dans un secteur très accessible (Lac d’Armor) de deux nouvelles espèces de fougères pour les Kerguelen : Elaphoglossum randii, considérée jusqu’alors endémique des Iles Marion et Prince Edward, et Polystichum sp. D’autre part, il ne faut pas oublier que l’Ile Howe est très peu connue et à l’écart des zones de prospection habituellement parcourues.
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Pour conclure, rien n’est impossible dans cette "affaire" et il faudrait aller sur place pour contrôler la présence ou non de ce conifère. Qui ira vérifier sur l’Ile Howe s’il existe des arbres aux Kerguelen ?
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Sources :
CHASTAIN André : La flore et la végétation des Iles de Kerguelen. Mémoires du Muséum d'Histoire Naturelle, Tome XI, Fascicule 1. Editions du Muséum, Paris, 1958.
MASSE Louis, DELARUE Dominique, THOMAS Thierry : Une fougère nouvelle pour les Iles Kerguelen : Elaphoglossum randii Alston et Schelpe. Colloque sur les Ecosystèmes Subantarctiques, Paimpont. C.N.F.R.A. n° 51, 1981.
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