Récit du Sergent Lafortune sur la prise de possession
des Iles Kerguelen



Extrait du journal du Sergent Lafortune, qui commandait un petit détachement du régiment Royal Comtois et qui participa à la prise de possession (l'orthographe et la syntaxe du texte original ont été respectées) :
 
« Le canot du « Gros ventre », malgré la force du courant et du vent, doubla plusieurs pointe (…). Le canot s’approcha dont de la terre, nous crumes voir une quantité d’habitant rangé en ordre de bataille pour soposer à notre desente. Mais nous fûmes bien surpris lorsque nous reconnûmes ces habitans pour de gros oiseaux d’une singulière estracteures. Ils vont sy droït sur leur pate qu’on les prendroit pour des hommes. Ils ont près de trois pied de haut, pezant vingt cinq à trente livre. Leur plumage est comme celui d’un canard sauvage. Ils ont des nassoir comme des poissons, en place d’ailles, ne volle point, vivent des mouche sur le rivage et s’éloigne de dix lieu en mer. Il y plonge et se nourissent des poissons. Ses oiseaux se nomme painguoin. A laproche de la terre, nous vîmes une quantité prodisieuse d’oiseau qui plongoit dans la mer. Il nous semblait voir que ces oiseaus ce ravigotait de notre arrivée. Il nous suivait jusqu’à terre et sen retournait plongent, se faisant voir de temps en temps. Il faisoit des cabriolle de droit à gauche. En un mot, il nous ravigotoit de la voir cabrioller dans la mer. Ces les mêmes que nous avions vû à terre. Il y a quantité de lyon marin ausy gros qu’un anne. Ils ont deux nageoir devant aux patte en nageoir d’errier. Le poil luissant, court, huilleux, la tête fort grosse et longue, des grandes oreilles des loup marin dont la peau bluatre et luissante font des eudulasion semblables à la gorge des pigeons. Aucun de ces animaux ne sont dangereux ny nuisible à l’homme. Nous en avons mangé beaucoup. La viande qui et rouge est aussy bonne que celle du lievre. La terre est couverte de ces animaux. Nous en avons laissé une prodisieuse quantité de tué, ne pouvant plus en embarquer davantage dans notre canot. Le rivage a quatorze brasse de font et permet un asses beau mouillage et de débarquement, une falaise espacieuse dans la baye, couverte de mouce de deux pieds de haut.
 
Nous ne vîmes aucune traces ny aucun santiers. Cependant nous fit juger que le terrein ne pourait être fertille dans l’intérieur, ce qui nous donna la curiosité d’y penetrer. Nous montames au haut d’une petite montagne. Nous ne peumes y découvrir. Les autres étoit encore plus haute, ce qui nous empécha de voir lointain. Nous redasandimes la montagne sans aller plus loin car la violance du froid et la terre qui était couverte de neige nous en empécha. D’ailleurs, le peu de tems que nous avions à y rester ne nous le permetés pas. Comme étant sous les ordres de Monsieur de Kerguelin qui nous commandoit, nous étions obligé de lui rendre compte de ce quil y avait de nouveau dans cette découverte et de savoir ce quil en voudrait ordonner. Nous relevames les hautes montagnes du fond de la baye qui forment une chaine à peu près semblables à celle des piranées. Nous laisames sur le rivage avant de nous embarquer des lettre dans plusieurs bouteille, de la monoy de France et un pavillon blanc. Nous retournames à bord. Nous apersumes « La Fortune » qui était arrivée vant arrière et qui peut être n’avait pas vû nos signeaux. Nous la perdimes de vuë. »
 


 
Sources :

GODARD Philippe et de KERROS Tugdual : Louis de Saint Aloüarn, lieutenant des vaisseaux du Roy : un marin breton à la conquête des terres australes. Editions Les Portes du Large, 2002.

Timbre émis par le Territoire des Terres Australes et Antarctiques Françaises, commémorant la découverte faite par Kerguelen et ses compagnons d'expédition.