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Marion Dufresne, le 2 janvier 1978
 

Interruption du journal pendant deux jours. Rester enfermé en dehors des repas était vraiment trop insupportable. Le temps s’est gâté dans la nuit du 30 au 31. Gâté n’est pas le mot juste car ce sont simplement le vent et la houle qui se sont amplifiés sans qu’il fasse vraiment mauvais. Sur les tables de la salle à manger, des systèmes sont apparus pour retenir les assiettes, couteaux, fourchettes, verres, bouteilles..., et les serveurs doivent faire preuve de beaucoup d’équilibre pour se déplacer avec les plats. De plus, les chaises sont fixées au sol pour ne pas glisser sur le carrelage. Les oiseaux sont plus nombreux, c’est une bonne distraction que de les regarder évoluer ; certains ont aperçu des cachalots.

Côte ouest Péninsule Rallier du BatyLe 1er, toujours le même état de la mer, mais le ciel est très nuageux ; les vagues font des creux de dix mètres, le vent souffle à près de 100 km/h, le bateau arrive à se pencher de 30° à gauche ou à droite. Cela pose des problèmes pour se déplacer ou descendre un escalier qui se transforme brusquement en échelle. Aujourd’hui, remontée du baromètre, la houle persiste mais les prévisions météo sont optimistes pour le 3. Le temps est nuageux avec des averses de grêle, du soleil aussi, la température est de 3,5°, ce qui est plutôt frais surtout avec le vent. Nous devions déposer deux géologues et un médecin sur une petite île de la côte ouest de Kerguelen.

Côte ouest Péninsule Rallier du BatyIls devaient y rester trois semaines et se faire reprendre par la prochaine rotation du Marion. Mais il est hors de question que les hélicoptères décollent ce matin. Nous nous sommes contentés de deviner la côte ouest embrumée, l’île de l’Ouest plus proche, plus visible. L’après-midi, le ciel se dégageait un peu et l’on voyait les glaciers descendant de la montagne vers la mer. Passage au large du cap Bourbon, point le plus au sud de Kerguelen, et le bateau est allé mouiller à la baie Larose où tout le matériel de l’expédition de géologie a été déposé dans une cabane. Les géologues y reviendront en hélicoptères un jour meilleur. Ce soir, route vers Port-aux-Français, il y a 60 miles à parcourir (110 km), à petite vitesse, pour arriver dans la baie du Morbihan au lever du soleil. Lever obligatoire à 6 heures, mais si c’est possible dès 4 heures pour admirer le paysage. Dernière nuit à bord donc, mais nous ne serons pas fâchés de remettre les pieds sur la terre ferme.

 

Baie Larose
 

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