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Marion Dufresne, le 28 décembre 1977
 
Six heures, le soleil vient de se lever. Je n’ai pas dormi beaucoup durant cette première nuit de voyage, sûrement plus à cause du bruit que du mal de mer. Quand on est couché, les yeux fermés, il n’y a pas de problème. Le plus dur est de rester assis à l’intérieur d’une cabine, c’est ce qui se passe en ce moment, les nausées me guettent, alors le seul moyen de tenir le coup est d’aller faire un tour dehors.
 

Marion Dufresne, le 29 décembre
 

Le Marion Dufresne à quai à La RéunionEvidemment, je n'ai pas pu écrire de toute la journée d'hier, mais en prenant des comprimés, cela ne s'est pas trop mal passé. Je n'en ai pas encore pris aujourd'hui, il doit donc y avoir une certaine accoutumance. D'ailleurs je crois que personne n'est réellement malade, si ce n'est un léger malaise quand on est à l'intérieur.

Peu de choses à dire du départ, le 27 à 16 heures. A l'heure juste, la passerelle était remontée, et le bateau s'éloignait du quai où 100 à 200 personnes, des femmes et des enfants essentiellement, assistaient au départ. Tout le monde était sur le pont, il s'est gâché une bonne quantité de pellicule. Nous avons ensuite longé la côte ouest à quelques kilomètres pour prendre finalement notre cap définitif vers Kerguelen, au sud-sud-est. La Réunion se perdait lentement dans la brume, avec ses sommets invisibles dans les nuages, et le Marion a pris son rythme et son tangage de croisière. Premier dîner en mer, et soirée sur le pont, ou au poste de pilotage. Certains ont aperçu des dauphins mais on voit surtout des poissons volants qui filent au ras de l'eau. Je vomis mon repas du soir dès le retour dans la cabine. Le malaise est venu aussi subitement qu'il est reparti ensuite.

Nuit du 27 au 28 à moitié blanche, je me lève à 5 heures, au moins cela m'a permis d'assister au lever du soleil. Petit déjeuner rapide, je me fais des tartines que je vais manger dehors. Par contre, grâce aux calmants, je pourrai prendre mes repas normalement à midi et le soir. A part cela, nous n'avons pour occuper nos journées qu'à faire la connaissance des autres passagers et à visiter le bateau. Nous restons à regarder la mer depuis le pont, ou mieux encore, à l'extrémité avant ; c'est vraiment la place de choix. C'est l'endroit où le tangage a le plus d'amplitude, où il y a le plus de vent, où l'on a la plus belle vue sur les gerbes d'eau soulevées de part et d'autres de la coque.

 

Marion Dufresne, le 30 décembre
 

A bord du Marion DufresneLe temps est encore plus beau aujourd’hui, il n’y a presque plus de vent, à peine quelques nuages ; la mer est très calme, à part une grande houle qui vient du sud-sud-ouest. La température baisse lentement, 20/21° ce matin, au lieu des 26° des tropiques. Cette chute très régulière pour l’instant, va être plus brutale vers le 40ème parallèle, au moment du passage de la convergence subtropicale, lieu de rencontre des eaux tropicales chaudes (22,5°), et des eaux subantarctiques plus froides (10°). Pas encore besoin de pull donc, mais cela ne saurait tarder si le vent se lève. Nous avons parcouru à peu près la moitié du chemin (environ 1500 km), nous devrions donc être en vue de Kerguelen le 2 au matin. Le Marion file ses 15 noeuds (27 km/h), c’est plus rapide que les jours précédents où nous avancions souvent avec un seul moteur, à cause d’avaries diverses. Mais la puissance de chacun des deux moteurs est telle que le ralentissement n’était alors que de deux ou trois nœuds.

Les journées risquent d’être moins longues maintenant, il faut que nous installions l’incubateur à œufs de saumon dans un labo du navire, et, seconde occupation, des oiseaux commencent à nous suivre : ce matin un grand albatros et deux ou trois pétrels à menton blanc. Pour les reconnaître, nous bénéficions des connaissances de ceux qui ont déjà fait le voyage. Pour l’instant, ces oiseaux se tiennent dans le sillage du bateau, à bonne distance, mais je pense que petit à petit ils se rapprocheront et seront plus nombreux.
 

 

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